Traverser la Manche… en Méditerranée

La natation en eau libre rassemble de plus en plus de pratiquants. L’an dernier, j’ai eu la chance de participer avec 160 nageurs de 26 pays, à l’étape de l’Ultraswim 33.3, à Hvar, en Croatie. Au programme des quatre jours de course, 33,3 km soit la distance de la traversée de la Manche.  

C’est une pépite dans les eaux de la Méditerranée, à une heure de ferry de Split. « La Reine des îles dalmates », « le Saint-Tropez croate », disent les brochures touristiques. Une richesse patrimoniale, des plages de sable fin, des eaux translucides et une précieuse douceur de vivre… quand le flux des touristes estivaux n’est pas encore activé. Une destination de rêve où s’installe chaque année le circuit Ultraswim 33.3.

33.3 comme la distance théorique de la traversée de la Manche. Le portrait du Capitaine Matthew Webb, premier à relier les côtes anglaises et françaises, le 24 août 1875, accompagne d’ailleurs chaque briefing.

À l’origine et à la tête de cette organisation, Mark Turner. Personnage majeur du monde de la voile, l’Anglais a également cofondé la Haute Route Alpes, cyclo très exigeante organisée sur plusieurs jours. En 2022, il s’est lancé dans cette nouvelle aventure eau libre. « Plein d’événements d’une journée sont top. Mais tu n’as pas de connexion entre les participants. Avec la Haute Route, j’ai vu l’émotion que pouvait générer une épreuve sur la durée. On vit les choses ensemble, dans les bons et les mauvais moments. J’ai voulu recréer ça. » Avec une approche « haut de gamme » totalement assumée. « Nager la distance de la Manche est un grand défi. Nous traitons nos nageurs comme des pros et leur proposons de découvrir des endroits magiques avec l’eau plus chaude et transparente que celle de la Manche. Les participants veulent accomplir un défi mais aussi être dans un bel hôtel, bien manger, pouvoir amener leurs proches. Même si c’est plus compliqué à organiser, es étapes vont toujours d’un point à un autre car l’eau libre, ce n’est pas nager entre des bouées. C’est aussi une expérience très solidaire. Chaque matin, sur les bateaux qui les mènent au départ, les participants, qui pour la plupart ne se connaissent pas, partagent leurs émotions. Ils se rassurent. Notre récompense est de parfois changer la vie des gens. Avant cette étape croate, une concurrente nous a écrit ‘’ je ne sais pas si je vais arriver à le faire, mais les 6 mois de préparation ont déjà changé ma vie’’. »

Pour cette aventure entre le port de Stari Grad et la ville historique de Hvar, parmi les 160 nageurs, dont 11 Français, des nageurs expérimentés, capables de boucler les 33,3 km en moins de 8 heures au total des quatre jours, mais pour beaucoup d’autres, vivre une expérience hors norme suffit à leur bonheur. Alain Pourcelot est venu de Clamart. « Je suis un nageur de piscine et je voulais essayer quelque chose de nouveau, raconte-t-il. Eh bien 33 km… c’est long. L’étape avec beaucoup de vagues m’a aussi fait découvrir qu’on pouvait être malade dans l’eau. Mais c’est une très belle expérience, avec beaucoup de camaraderie. »

À chacun sa motivation. Kerry Mclean est là pour fêter les 11 ans de rémission du cancer de sa mère. À chacun son niveau aussi (82% des nageurs ont terminé toutes les étapes). La Britannique Karen Miller, en maillot, a passé 19h34’ dans l’eau avec notamment 6h50 pour boucler l’étape de 11 km ! Et toujours dans des conditions de sécurité optimales (30 kayaks, une balise GPS dans les bouées, des bateaux avec service médical). Peu d’événements en milieu naturel peuvent afficher un tel niveau d’organisation avec près de 80 personnes mobilisées. Quand les conditions sont difficiles comme sur l’étape de 8 km avec une mer très agitée, un parcours de repli est aussitôt adopté le lendemain sur une côte davantage protégée. Anthony et Yann, deux amis venus de Strasbourg et Douai confirment : « Nous n’avions jamais connu une organisation aussi top avec des gens toujours à l’écoute. On se sent toujours en sécurité. C’était incroyable. »

Au retour de l’étape du Monténégro 2023, la Britannique Davina Cull avait témoigné : « J’ai échappé à la noyade à 10 ans. Pendant 40 ans, je ne suis plus allée dans l’eau. Mon mari et une amie m’ont convaincue d’essayer ». Sur la ligne d’arrivée, après plus de 13h30 de nage au total des quatre jours, ses mots résonnaient comme une libération. « C’est l’aventure la plus fantastique que j’ai jamais vécue ». Les cris et les pleurs à l’arrivée de chacune des étapes de l’Ultraswim 33.3 témoignent d’un sentiment partagé par beaucoup.  

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Différents formats de course sont proposés : 33.3 km, 22.2 km et 11.1 km avec quatre jours de course avec une ou deux étapes quotidiennes et des distances allant jusqu’à 12 km pour le 33.3.  

Pour chacune des étapes, plusieurs options sont proposées avec des tarifs variables en fonction des prestations offertes (services, massages, qualité de l’hôtel, etc.). Les offres vont de 2000 euros (Ultra) à 3333 euros (Ultra+ 5*). Ajouter le prix du voyage.

Plus d’infos : ultraswim333.com

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