Traverser le cercle polaire… à la nage

Franchir une frontière à la nage n’est pas une expérience commune. D’autant plus quand cela permet de couper la ligne du cercle polaire et même d’arriver… avant d’être parti. Telle est l’expérience proposée par Swim the Artic Circle, épreuve de natation en eau libre de 2000 ou 3000 m, organisée au cœur de la Laponie suédoise (Swedish Lapland).

Elle est souvent présentée comme la frontière la plus pacifique au monde. La rivière Torne sépare la Suède de la Finlande sur plusieurs centaines de kilomètres avant de venir se jeter dans la mer Baltique. L’hiver, recouverte par la neige et prise dans la glace, on la traverse en voiture ou en moto -neige. Le thermomètre descend alors parfois jusqu’à -30° et certaines nuits, les aurores boréales y dansent dans le ciel étoilé. À la latitude nord de 66°33’39’’, se situe le cercle polaire arctique. Au-dessus, l’été, le soleil ne se couche pas. Au cœur de la « nuit », sa lumière rasante d’un merveilleux rouge orangée plonge les paysages de la région dans une atmosphère envoutante. Les glaces ont fondu depuis plusieurs mois et le Torne a retrouvé toute sa fougue et serpente au cœur d’un sublime décor où la végétation profite de ces quelques mois pour offrir ses plus belles couleurs. On le traverse alors… à la nage.

Née en 2011, la Swim the Artic Circle est une épreuve d’eau libre unique. Un départ près de Juoksenki, au nord du cercle polaire, en Finlande, et une arrivée à Juoksengi, au sud cette fois du cercle polaire, en Suède. Magie des fuseaux horaires, la Swim the Artic Circle, organisée par deux associations, l’une suédoise et l’autre finlandaise, permet aussi de remonter le temps entre deux pays distants de moins de 200 mètres mais avec une heure de décalage horaire. Un départ le dimanche à 0h05 sur la rive finlandaise pour une arrivée de 30 à 50 minutes plus tard côté suédois (31’31’’ pour le plus rapide), où l’on est encore… samedi.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la Swim the Artic Circle n’a rien d’une immersion dans un bain glacé. Pour l’édition 2024à laquelle j’ai participé, l’eau était annoncée en début de journée à 18°. Avec les plus de 25° degrés sur le thermomètre, le Torne avait même probablement gagné encore quelques unités justifiant le choix de certains de s’élancer sans combinaison. Depuis sa création, la température de l’eau n’est jamais descendue sous les 15° et est même parfois montée jusqu’à… 23°. L’épreuve est aussi une belle opportunité de battre tous ses records grâce à un courant, raisonnable, mais parfait allié contre le chronomètre.

Parmi les 191 participants (62 sur le 2000 m et 129 sur le 3000 m), des nageurs venus du monde entier : les pays nordiques bien sûr avec en plus des Suédois, de nombreux Finlandais. Mais aussi des Britanniques, Américains, Néerlandais, Canadiens, Allemands, Irlandais, Belges, Français (2) et même des Australiens et Néo-zélandais. « Quand je vois que des gens du monde entier viennent nager notre épreuve, je trouve ça incroyable, me confiait alors Astrid Gustafsson, directrice de l’épreuve. Beaucoup sont aussi là pour admirer la nature de notre région. Ils viennent nager bien sûr, mais aussi vivre cette expérience avec le soleil de minuit. La rivière ressemble à un miroir, c’est magnifique. Nous sommes évidemment très heureux d’avoir tous ces participants mais nous n’avons pas forcément l’ambition d’en faire une course de masse. Il n’y a pas beaucoup d’habitants ici ni de possibilités d’hébergement. Nous voulons avant tout soigner la qualité de l’épreuve. Notre priorité est d’assurer la sécurité de tous les participants. Nous sommes environ une centaine à y veiller avec de nombreux bateaux et canoés qui accompagnent les nageurs. »

La Swim the Artic Circle est surtout un prétexte pour découvrir une région envoutante où la nature tient le premier rôle, le bonheur de se perdre dans ses petits chemins qui mènent parfois jusqu’à un lac sorti des plus beaux contes. Sur les rives de certains d’entre eux, les Suédois viennent y passer leur week-end dans des cabanes traditionnelles. Pas d’électricité, pas de wifi. Déconnection garantie. Quelques bûches de bois pour alimenter le poêle et surtout faire chauffer l’eau du sauna. On ne badine pas avec ça en Laponie. L’occasion aussi de partir à la rencontre des Samis, peuple de nomades éleveurs de rennes, dont les derniers représentants tentent de sauvegarder une culture de plusieurs siècles. Le privilège enfin de contempler une nature brute et encore sauvage. Une parfaite illustration de l’expression « nager dans le bonheur ».  

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